Deux comètes visibles aux jumelles !

Cela faisait longtemps que ça n’était pas arrivé ! Deux comètes sont actuellement suffisamment brillantes pour être observables aux jumelles sous un bon ciel ! Deux comètes complètement différentes, mais très intéressantes !

La première de ces deux comètes est bien connue : 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák, découverte le 3 mai 1858, passe à proximité du Soleil tous les 5.5 ans. la dernière fois, cela a eu lieu le 12 novembre 2011, et la prochaine, le 12 avril prochain ! Mais avant de passer au périhélie, elle va passer très près de la Terre, puisque le 1er avril (dans 2 jours), elle sera à un tout petit peu plus de 21 millions de kilomètres de notre planète. A une échelle humaine, c’est éloigné, mais il n’est pas fréquent qu’une comète s’approche autant de la Terre ! Cette comète est une comète de la famille de Jupiter : après son passage au périhélie, elle va s’éloigner du Soleil jusqu’aux environs de l’orbite de cette planète géante gazeuse, avant de revenir. C’est donc une comète relativement bien connue, même si elle réserve quelques surprises : sursauts d’activité, retard sur les prévisions, etc, c’est une comète à surveiller !

Trajectoire apparente de la comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak. Crédit : Sky & Telescope

Et elle est actuellement très facile à observer, puisqu’elle est visible aux jumelles, depuis la France métropolitaine, toute la nuit ! Elle a en effet traversé la constellation de la Grande Ourse, et est actuellement dans le Dragon, donc très haut dans le ciel, ce qui la positionne idéalement pour l’observer, quelque soit le moment de la nuit ! Les dernières estimations lui confèrent une magnitude de +6.5 à +7, ce qui la rend même à l’extrême limite de visibilité à l’œil nu (certaines personnes rapportent même déjà l’avoir observée sans instrument, mais il est nécessaire d’avoir un ciel et une vision exceptionnels). Elle ressemble à une grosse boule floue (verdâtre sur les images), et elle va continuer de se déplacer en direction de la tête de la Petite Ourse dans les jours à venir.

La comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak photographiée le 27 mars 2017 par Norbert Mrozet. Crédit : Norbert Mrozet

La deuxième comète, C/2017 E4 (Lovejoy), est radicalement différente. Découverte très récemment (le 9 mars 2017, donc il y a moins d’un mois !) par un astronome amateur, Terry Lovejoy, elle n’était pas prédestinée à être très brillante. Cependant, elle va passer très (trop) près du Soleil lors de son passage au périhélie, et risque de ne pas survivre à son passage dans le Système solaire interne. Ce passage rapproché de notre étoile (le 23 avril 2017) laisse penser qu’elle pourra être relativement brillante. Les dernières observations semblent confirmer ces hypothèses. Même si on est très loin d’une comète du siècle, elle est cependant d’une luminosité comparable à 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák (depuis qu’elle a connu un petit sursaut de luminosité, il y a 3 jours), mais se présente sous une forme bien plus condensée. Une queue a également été photographiée ces dernières nuits (attention : elle n’est pas observable en visuel aux jumelles). Et elle devrait continuer de gagner en luminosité au fur et à mesure qu’elle se rapproche du Soleil.

Image de la comète C/2017 E4 (Lovejoy) prise le 30 mars 2017 par Gianluca Masi avec le Virtual Telescope. Crédit : Gianluca Masi, Virtual Telescope

Contrairement à la comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák, C/2017 E4 (Lovejoy) n’est visible que le matin. Elle passe actuellement de la constellation du Petit Cheval à celle de Pégase, et se présente sous la forme d’une boule floue légèrement allongée.

Trajectoire apparente de la comète C/2017 E4 (Lovejoy). Crédit : Seiichi Yoshida

 

Vénus, étoile du soir… et du matin !

A partir d’aujourd’hui, et pendant quelques jours, Vénus devrait être le premier astre à apparaître dans le ciel du soir… et le dernier à disparaître dans le ciel du matin (si on oublie la Lune) ! Et ce alors qu’elle est très proche du Soleil ! Comment est-ce-possible ?

Dans 5 jours, le 25 mars 2017, Vénus, deuxième planète du Système solaire, va passer en « conjonction inférieure » avec le Soleil. Ce terme barbare désigne en fait simplement le fait qu’elle va passer entre le Soleil et la Terre (Vénus, comme Mercure, circulent sur des trajectoires plus proches du Soleil que la Terre). C’est ce phénomène, appelé « conjonction inférieure » qui explique son apparence actuelle : Vénus, dans un instrument d’astronomie, est actuellement très grande, et se présente sous forme d’un fin croissant, équivalent à ceux observés avec la Lune quelques dizaines d’heures avant et après la Nouvelle Lune. Ce qui est normal, puisque Vénus passant entre nous et le Soleil, elle nous présente sa face non-éclairée.

Observerons-nous donc une Nouvelle Vénus dans quelques jours, ou un passage de Vénus devant le Soleil ? Non. Les passages (« transits » de Vénus devant le Soleil sont rarissimes. Les deux derniers ont eu lieu les 8 juin 2004 et 6 juin 2012. Et les prochains auront lieu… en 2117 et 2125 ! Donc Vénus ne passera pas devant le disque solaire. Elle passera au-dessus (au Nord) du limbe de notre étoile. C’est pourquoi elle ne disparaîtra pas complètement. Qui plus est, son passage sera tellement au Nord du Soleil, qu’elle restera sous forme d’un fin croissant visible, qui va doucement passer du limbe Ouest de la planète… au limbe Est, en passant par le Sud !

Evolution du fin croissant vénusien, du 11 au 19 mars 2017, photographié par Shahrin Ahmad. On voit clairement le croissant s’affiner et se décaler vers le limbe Sud de la planète. Dans quelques jours, il aura fait une transition complète jusqu’au limbe Est ! Crédit : Shahrin Ahmad.

Et c’est à cette occasion également, que Vénus, encore surnommée par erreur « l’étoile du Berger » (car, hormis la Lune, c’est le premier objet à être visible le soir après le coucher du Soleil, ou le dernier visible avant le lever du Soleil le matin, quand elle est visible), pourra être visible le soir… et le matin ! Car elle est tellement haute, qu’elle se couchera suffisamment tard après le coucher de Soleil pour devenir visible sur le fond de ciel, et qu’elle apparaîtra le matin avant le lever du Soleil ! Cette double visibilité de Vénus sera observable jusqu’au 24.

Alors que Vénus plonge vers le Soleil dans le ciel du soir, elle s’en extirpe le matin. Résultat, la brillante planète est visible pendant 4 jours, du 20 au 24 mars, à la fois le soir et le matin ! Et elle sera d’autant plus haute le matin, qu’elle sera basse le soir… Crédit : Guillaume Cannat/Le Guide du Ciel 2016-2017/amds

Ensuite, il ne sera plus possible de l’observer dans le ciel du soir, et elle sera définitivement devenue l’astre du matin. Son croissant devrait alors reprendre de l’embonpoint petit à petit, au fur et à mesure qu’elle va s’éloigner du Soleil…

Le retour du Messager des dieux

Vous ne l’avez probablement pas encore vu… Et pourtant, il revient ! Si vous dirigez votre regard vers l’horizon ouest, après le coucher du Soleil, vous verrez l’éclatante Vénus, et, émergeant légèrement de l’horizon, un autre point brillant : c’est Mercure, qui revient dans le ciel du soir, où elle résidera jusqu’au début du mois d’avril.

Alors que l’extrêmement fin croissant de Vénus est en train de plonger en direction du Soleil (attention, le plongeon n’est qu’apparent), un petit point brillant et plus discret (il est 11 fois moins brillant) est en train, lui de s’extirper de l’horizon, pour monter dans le ciel du soir : c’est Mercure ! Qui fait donc son retour dans le ciel du soir, et sera visible jusqu’aux environs du 10 avril.

Graphique explicitant les positions relatives des planètes internes (Mercure et Vénus) par rapport à la Terre et au Soleil, et montrant l’origine des phases que l’on observe.

Comme les deux astres sont en même temps dans le ciel du soir pendant un peu moins d’une semaine, c’est l’occasion de faire un tout petit rappel sur la mécanique céleste, et un peu de comparaisons sur l’apparence de ces deux planètes internes du Système solaire (leurs orbites sont localisées entre nous et le Soleil). Vénus est actuellement sur le point de passer en conjonction inférieure : elle va passer entre nous et le Soleil dans quelques jours. Sa distance à la Terre est donc minimale, et elle nous présente sa face non-éclairée. Conséquences : son disque est très grand en diamètre apparent (puisqu’elle est proche) et elle se présente sous forme d’un croissant très fin ! Mercure, par contre, sort tout juste de sa conjonction supérieure avec le Soleil : il était à l’opposé de nous par rapport au Soleil. Conséquences : elle est petite (car bien plus éloignée, et même plus petite en diamètre réel que Vénus), et surtout, elle se présente sous forme d’un disque quasi-complet, qui va se réduire pour devenir un Dernier Quartier, début avril.

Le fin croissant de Vénus s’affine de jour en jour, alors qu’elle plonge littéralement vers le Soleil. Crédit : Raffaello Lena.

En attendant, n’hésitez pas et profitez des soirées à venir pour observer ces eux planètes plus proches du Soleil que nous dans le ciel du soir. Le rapprochement entre les deux planètes sera maximum dans la soirée de samedi 18 mars. Et même si les deux planètes seront tout de même relativement éloignée, c’est une bonne occasion d’essayer de photographier les deux sur une même image ! Horizon ouest dégagé largement recommandé et ciel transparent de rigueur !

Une comète accessible aux jumelles !

Ça y est, elle devient accessible ! La comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák est désormais accessible aux jumelles et… elle ne se couche plus, et est donc accessible aux astronomes toute la nuit. En attendant son passage rapproché, à la fin du mois !

La comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak photographiée par Chris Schur le 16 mars 2017, alors qu’elle passait à proximité de la galaxie NGC 3198. Crédit: Spaceweather, Chris Schur

Les dernières observations sont unanimes : la comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák brille désormais d’une magnitude d’environ +8, et elle est localisée entre les pattes avant et les pattes arrière de la constellation de la Grande Ourse ! Conséquences : elle devient désormais accessible aux jumelles, et elle est circumpolaire, c’est-à-dire qu’elle ne se lève ni ne se couche de la nuit (et du jour) ! Un avantage non-négligeable, qui permet de l’observer lorsque la Lune est absente du ciel, et au moment le plus opportun de la nuit !

Les images récentes de la belle chevelue montrent qu’elle commence à se teinter de vert, ce qui est signe qu’elle est de plus en plus proche… Et cela ne va pas s’arrêter là, puisqu’elle est en train de se rapprocher de notre planète, dont elle va s’approcher à une distance d’environ 21 millions de kilomètres les 31/03-01/04/2017. Une grande distance, mais un saut de puce à l’échelle du Système solaire ! Les prévisions les plus optimistes laissent à penser qu’elle pourrait alors être à la limite de la visibilité à l’œil nu. Nous verrons ! En attendant, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à la petite comète qui va traverser la Grande Ourse, puis le Dragon, au cours des semaines à venir ! Et ne manquez surtout pas la rencontre de la comète avec une galaxie (M109, la galaxie de la planche de surf) et une nébuleuse planétaire (M97, la nébuleuse du Hibou) dans la nuit du 21 au 22 mars !

La Lune, Jupiter et l’Épi (bis)

Les trois brillantes sont de retour ! Comme c’est le cas depuis plusieurs mois, et après avoir occulté l’étoile Porrima (Vierge) hier, la Lune va rendre visite cette nuit à la planète Jupiter et à l’étoile principale de la Vierge, Spica (l’Épi).

Position relatives de la Lune, de Jupiter et des principales étoiles de la Vierge, dans les nuits du 13 au 15 mars 2017, avant le lever du Soleil. Crédit : Guillaume Cannat/Le Guide du Ciel 2016-2017/amds

C’est désormais presque devenu un classique, même si les configurations changent légèrement avec le temps ! La nuit prochaine, la Lune va rendre visite à la géante gazeuse du Système solaire, Jupiter. Les deux astres seront séparés de légèrement plus de 2° quand ils se lèveront, vers 20h 15min (TU, soit vers 21h 15min en heure locale). Et quelques degrés encore en-dessous, l’étoile la plus brillante de la Vierge, Spica, devrait surveiller le duo céleste.

Le spectacle vaut largement quelques images, mais des jumelles ou un petit instrument astronomique pointé dans la direction du trio céleste devrait en révéler bien plus ! Si Spica restera un point brillant, quel que soit l’instrument utilisé, la Lune devrait commencer à révéler de nombreux cratères maintenant que sa phase gibbeuse diminue, et une simple paire de jumelles pointée vers Jupiter devrait vous permettre de voir ses 4 principaux satellites (Io, Europe, Ganymède et Callisto). N’hésitez donc pas à sortir en milieu de soirée pour observer ce rapprochement au-dessus de l’horizon Est !

Un anneau de feu pour l’hémisphère Sud

Ce 26 février 2017, le Soleil va presque complètement disparaître depuis certaines régions du globe : une éclipse annulaire de Soleil va en effet avoir lieu pour certaines régions d’Amérique du Sud et d’Afrique !

La dernière éclipse annulaire de Soleil, le 1er septembre 2016, était observable depuis l'île de la Réunion d'où Mikael Svalgaard l'a photographié. Crédit : Mikael Svalgaard.

La dernière éclipse annulaire de Soleil, le 1er septembre 2016, était observable depuis l’île de la Réunion d’où Mikael Svalgaard l’a photographié. Crédit : Mikael Svalgaard.

Une éclipse annulaire a lieu lorsque le diamètre apparent de la Lune est légèrement plus petit que celui du Soleil : la Lune n’arrive pas à masquer complètement le disque solaire, et il subsiste donc un anneau de Soleil autour de la Lune noire. D’où le nom de ce type d’éclipse : une éclipse annulaire.

Image comparative de l'aspect du Soleil pendant le maximum d'une éclipse totale de Soleil (à gauche) et une éclipse annulaire de Soleil (à droite). Crédit : MrReid.org

Image comparative de l’aspect du Soleil pendant le maximum d’une éclipse totale de Soleil (à gauche) et une éclipse annulaire de Soleil (à droite). Crédit : MrReid.org

Tout va commencer très précisément à 12h 10min 47.9sec TU, heure à laquelle la pénombre de la Lune va commencer à balayer la surface terrestre : le Soleil va dès lors apparaître partiellement éclipsé depuis les régions Sud-Est de l’océan Pacifique. Puis, un peu plus d’une heure plus tard (à 13h 15min 18.3sec TU), quelques mammifères marin, poissons, albatros et heureux matins bien positionnés pourront voir l’anneau de feu solaire depuis ces mêmes régions Pacifique, alors que l’ombre lunaire commencera à balayer notre planète. Ce n’est que peu après 13h TU que cette ombre va atteindre les terres, pour un balayage rapide des terres au Sud du Chili et de l’Argentine, avant de repartir pour un voyage transatlantique. Plusieurs heures plus tard, à partir de 16h 30min TU, elle atteindra de nouveau les terres, mais sur le continent africain, pour un passage rapide en Angola et en République Démocratique du Congo, avant de quitter notre planète à 16h 31min 37.8sec UT. Enfin, la pénombre quittera également notre planète une grosse heure plus tard, à 17h 36min 01.8sec, sonnant la fin de l’éclipse !

Annular Eclipse of the Sun on February 26, 2017 from LarryKoehn on Vimeo.

Cette éclipse n’est donc pas visible depuis l’Europe, mais elle sera diffusée en direct depuis des zones où elle est observable ! Ce qui vous permettra d’en profiter au maximum, sans l’ambiance, évidemment, mais bien au chaud (quoique c’est l’été dans l’hémisphère Sud…). Voici entre autres une adresse où elle sera retransmise : https://www.timeanddate.com/live/

La prochaine éclipse totale de Soleil traversera d’Ouest en Est l’Amérique du Nord, et promet d’être largement observée, car elle passe près de zones peuplées et faciles d’accès. Elle aura lieu le 21 août 2017 et une phase très très partielle sera alors observable depuis la moitié Ouest de la France lorsque le Soleil se couchera.  La prochaine éclipse annulaire aura lieu le lendemain de Noël, dans trois ans, le 26 décembre 2019.

Quand la Lune rencontre Saturne…

Demain matin, 21 février, n’hésitez pas à avancer un peu l’heure de sonnerie de votre réveil ! La Lune aura en effet rendez-vous avec le Seigneur des Anneaux du Système solaire : Saturne !

Position relatives de la Lune et de Saturne, dans les matinées du 19 au 21 février 2017, avant le lever du Soleil. Crédit : Guillaume Cannat/Le Guide du Ciel 2016-2017/amds

Position relatives de la Lune et de Saturne, dans les matinées du 19 au 21 février 2017, avant le lever du Soleil. Crédit : Guillaume Cannat/Le Guide du Ciel 2016-2017/amds

Le rapprochement était déjà sensible ce matin, mais il sera plus serré en fin de nuit du 20 au 21 février : après avoir rendu visite à Jupiter il y a quelques nuits, c’est à la deuxième planète géante gazeuse du Système solaire que notre satellite naturel va rendre visite. Moins brillante que Jupiter, aisément visible comme un point très brillant au-dessus de l’horizon Sud, Saturne sera placée sous la Lune, légèrement décalée vers l’Ouest (la droite). Et ceux qui disposent d’une paire de jumelles peuvent les diriger vers la planète : sa forme ovoïde (liée à ses superbes anneaux) et un petit point brillant (son satellite Titan) devraient alors être visibles !

Alors n’oubliez pas ! Rendez-vous demain matin, une heure et demie avant le lever du Soleil, avec votre paire d’yeux, et éventuellement un appareil photo et des jumelles !